Lassée (Paul-Elie-Salomon de), Mâron, 3 septembre 1722-Issoudun, 15 mai 1808.

Deux membres de la famille de Lassée figurent sur les listes dressées en 1805, Paul-Elie-Salomon de Lassée est inscrit sur celle des trente plus imposés et son fils aîné, Jean-Baptiste, sur celle des soixante plus distingués. Les deux notables descendent d'une famille dont l'établissement en Berry date de la fin du XVIIe siècle, lorsque deux frères François-Salomon Lassée et Paul Lassée viennent occuper des charges dans le duché de Châteauroux. Fils de Salomon Lassée et de Louise Bonnisseau, de la paroisse de Ventouse (actuellement dans l'arrondissement de Ruffec, canton de Mansle, Charente), François-Salomon de Lassée en tant qu'intendant des affaires de Monseigneur le prince de Condé, duc de Châteauroux, manie d'importantes sommes et exerce un contrôle sur toutes les affaires d'une terre dont les revenus sont considérables. Il épouse le 15 janvier 1678, paroisse Saint-André de Châteauroux, Anne-Marie Bouilhat (1658-sépulture le 14 août 1685), fille de feu Claude Bouilhat (sépulture le 20 octobre 1677), lieutenant général au bailliage, et de feue Anne Richard. Anne-Marie Bouilhat apporte en dot la terre de Coings.

Ancien garde du corps du prince de Condé, Paul de Lassée prend la charge de maître des Eaux et Forêts de Bommiers en 1672. En 1685 il occupe la charge de receveur des revenus du duché de Châteauroux. Il occupe une position importante qui renforce le clan des Lassée parmi les officiers ducaux. Il réside au château du Parc, demeure d'exil de Claire-Clémence de Maillé-Brézé, la femme du Grand Condé qui y termine ses jours le 18 avril 1694. Le 26 mai 1686, à Moulins près de Levroux, Paul Lassée épouse Marie-Françoise Gautier, fille de Pierre, fermier de la terre de Moulins. Marie-Françoise Gautier apporte en dot des métairies à Saint-Pierre-de-Lamps, elle décède le 31 janvier 1690 au château du Parc à Châteauroux.

Pour son établissement, Paul de Lassée acquiert le 16 juillet 1686 la terre de Mâron, moyennant la somme de 39 000 livres, plus les frais. Cette terre se compose d'une maison haute avec basse-cour, terres, bois (1 000 arpents à Mâron et Pioux), garenne, vignes (Pioux), droits seigneuriaux. A son décès, le 29 décembre 1693, à Moulins il confie la tutelle de ses enfants mineurs à Henry Bertrand, son ancien compagnon d'armes et beau-frère. Henry Bertrand veille sur l'éducation des mineurs Lassée et assure la gestion de la terre de Mâron pendant sept ans.

Pierre-Paul de Lassée (1687-1765), voit le jour le 8 septembre 1687, au château du Parc, paroisse Saint-Martin à Châteauroux. Le 10 juin 1719, à Buzançais, il épouse Delphine Bonneau (7-1738), appartenant à une famille d'officiers du grenier à sel. Pierre-Paul de Lassée succède à son père dans les Eaux et Forêts, en 1732 il rachète pour 536 livres l'office de maître de Bommiers, et en 1737 il y adjoint celui de juge gruyer dans la nouvelle administration royale. En 1719, au partage des biens provenant de la succession de ses parents, la propriété de Mâron lui échoit. La seigneurie est estimée 60 000 livres, sa sœur Marie-Anne, épouse d'Henry Bertrand de Greuille, reçoit les métairies de Saint-Pierre-de-Lamps, de Pié-Favé à Mâron, ainsi que diverses parcelles et rentes.

Deux fils naissent de l'union de Pierre-Paul et de Delphine Bonneau. Le cadet, Alexandre-Joseph de Lassée (1725-1793), accomplit une carrière militaire, dont une partie assez agitée se déroule au Canada. En 1757, il contracte une dette de jeu de 15 000 livres au Québec qui l'oblige à solliciter l'aide de son père. En 1778, il se donne le titre d'écuyer, chevalier de l'ordre militaire et royal de Saint-Louis, il se retire à Issoudun avec le grade d'ancien capitaine de grenadiers au régiment de la Reine. Le mardi 24 février 1789, les quatre chevaliers de Saint-Louis demeurant à Issoudun s'assemblent chez « M. le chevalier de Lassée de Mâron, doyen d'âge » où ils désignent pour député, M. Trotignon. Le 25 février l'assemblée du Tiers-Etat de la ville d'Issoudun refuse d'accueillir les membres de l'ordre de Saint-Louis en son sein.

L'aîné, Paul-Elie-Salomon de Lassée naît le 3 septembre 1722 à Mâron. Il occupe la charge de président-trésorier-général de France au bureau des finances de la généralité de Bourges, par lettres patentes données à Versailles le 30 janvier 1754. Paul-Elie-Salomon de Lassée épouse en 1753 Ursule Bery de Villefranche (7-1795), fille de Jean, conseiller au bailliage d'Issoudun, qui lui donne en dot les domaines de Vauvert, des Finaux et de Monvril, des métairies et des locatures à Giroux, les domaines du Chapitre (avec un moulin) et de la Maltrie à Issoudun. En l'an VII, Paul-Elie-Salomon paie 2 558 livres d'impôts pour ces seuls biens dans la ville d'Issoudun. Le trésorier de France consacre une partie de sa fortune à faire valoir ses terres et à étendre ses propriétés autour de Mâron et en Champagne berrichonne.

En 1771, Paul-Elie-Salomon acquiert pour 12 000 livres une maison à Issoudun où il élit son domicile d'hiver. En 1781, il achète le domaine de Rezay, à Mâron, à Mme Charles Fauvre, veuve Dorsanne. En 1792, il achète le domaine de Bois-Girard, à Giroux, domaine dont il était fermier depuis 1788. Il achète ces domaines comme biens nationaux appartenant au chapitre Saint-Denis d'Issoudun contre la somme de 63 700 livres. Il règle une partie de cet achat avec l'indemnité de 50 000 livres versée pour la liquidation de la dîme inféodée de Mâron qui lui appartenait. Les dîmes de grain de Mâron, portent au 1/10e de la récolte, comprenaient 1 945 arpents dans la paroisse, les dîmes de lainage et de chantage à Mâron, à Tillières, à Pioux et à Villemongin. En outre il possédait les dîmes des Villerais, près de Montierchaume, achetées le 25 février 1766, à Anne Bonneau, veuve de Joseph-Claude Vigner, trésorier de France, ainsi que les dîmes des Fineaux à Montierchaume.

En 1803, Paul-Elie-Salomon de Lassée paie une contribution de 3 039 F. Cette cote le place au troisième rang des cent plus imposés de la ville d'Issoudun et le fait figurer sur la liste des trente plus imposés du département. La commission émet un avis conforme indiquant qu'il est « généralement estimé ».

De son mariage avec Ursule Bery, il eut deux enfants ayant une postérité. L'aîné, Jean-Baptiste de Lassée (1756-1845) appelé à assurer la suite de la famille et Marie-Jeanne de Lassée (1775- 1843) qui épouse en 1791 Pierre-Philippe Baucheron de Lécherolles (1769-1846). Des difficultés apparaissent lors du partage de la succession entre Marie-Jeanne de Lassée, épouse de Pierre-Philippe Baucheron de Lécherolles, et le fils aîné Jean-Baptiste de Lassée qui abandonne la terre de Mâron à sa sœur.

Source : Grands notables du Premier Empire (Indre).